L'enfer Potosi


24 Avril 2016 – Potosi –Bolivie (semaine 2) 

C’est en lisant Don Quijotte 10 ans auparavant que j’avais découvert l’existence de Potosi. Bien entendu le récit se déroule en Ibérie mais j’avais été interloqué par une tirade de Don Quijotte de la Mancha se ponctuant par un « Cela vaut un Potosi ». Une recherche sur internet me permit de comprendre que cela signifiait « valoir de l’or ». Quant à Potosi je compris que c’était LA ville qui permit d’asseoir l’âge d’or de l’Espagne par l’extraction de l’argent… Comme quoi ! Hélas plusieurs siècles après si le faste avait laissé place à la décrépitude, les conditions de travail, elles, restaient inchangées. 

M’y voilà, il est 07h du matin et je suis au sommet du Cerro Rico à plus de 4 000m. La veille j’avais pu négocier avec la coopérative en charge des mines un laisser passer de trois jours. Habituellement quelques galeries sont ouvertes aux touristes pendant deux heures en visite guidée. Là j’avais droit à plus. Je voulais voir de mes propres yeux l’enfer de Potosi et tenter de témoigner par quelques photos des dures conditions de travail.
La photo a été prise le premier jour. Les deux mineurs que vous voyez viennent de mettre de la graisse dans les rouages afin de déplacer plus facilement le wagon dans le dédale. Ils devront en extraire 10 pour rentrer dans leurs frais. Miguel, le mineur qui vous regarde, a une joue gonflée par les feuilles de coca. Elles lui permettront de davantage s’oxygéner quand l’air se fera rare. Dans le wagon se trouve à boire, du tabac, de la coca. Autant d’offrandes qu’il fera à « El Tio » (divinité protectrice du Cerro Rico).

Ce qui m’interpelle dans cette photo c’est la cavité sombre au second plan. Il s’agit de l’entrée de la mine. Miguel lui tourne le dos et semble nous prendre à témoin. Il s’y rend à reculons. Cette entrée mesure 1,5m de hauteur et bien souvent les galeries se rétréciront aux dimensions exactes du wagon. Les conditions à l’intérieur sont des plus dures : plus de 30 degrés, manque d’oxygène, poussière, obscurité totale, boue…

Durant ces trois jours j’aurai pu suivre les trois professions qui s’articulent autour du commerce des métaux (pose des bâtons de dynamite, excavation des pierres et extraction des wagons). Aucun des mineurs que j’ai pu interroger ne trouve la moindre satisfaction à leur labeur. Tous m’ont soutenu vouloir faire ce travail pendant 7 ans. Pourquoi 7 ans ? Il « semblerait » que cela soit le meilleur arbitrage entre argent et santé. Hélas beaucoup auront des séquelles irréversibles. Dans le meilleur des cas ils s’en sortiront avec des problèmes respiratoires bien que cela soit davantage un cancer des poumons qui leur soit promis (première cause de mortalité de la ville). L’Etat a légiféré. Dorénavant les enfants de moins de 12 ans ne peuvent pas y travailler et ceux de moins de 16 ans doivent avoir une autorisation des parents… 

J’en sortirai bouleversé !


                                                                                                                                           ThM